vendredi 27 juillet 2012

De -comment on vit ses attirances envers les filles à 14 ans- au "char de la Pride", une envie de vous répondre...

Vous avez mis des commentaires sur le post concernant; Ado et Lesbienne, comment savoir...
Ado et lesBIenne
Ado et lesBIenne: comment savoir si on est lesbienne?
Ado et lesBIenne: comment savoir, suite. 
Ce texte est pour te répondre à toi qui a 14 ans et en te remerciant pour ton commentaire, car je suis sûre que tu n'es pas la seule à vivre cela...
Est-ce que tu vis de chouettes choses pour le moment dans ton coeur, ta tête, ton corps? Si oui, c'est l'essentiel!!! Si non, ça va venir, garde confiance, parles-en avec tes amies, avec nous si tu veux...

Alors, pour commencer, je voudrais dire que l'on a tellement appris que le chemin au sujet des attirances, c'est l'hétérosexualité. Et qu'il n'y en a qu'un, point à la ligne. On a appris aussi que les autres orientations sexuelles, homo, bi, ont beaucoup moins de valeur. Même si ce n'est pas vrai, parfois, on risque d'y croire un peu. Alors, quand cela nous arrive, qu'on tombe amoureuse d'une fille, on peut avoir tendance à trouver des raisons à « être comme ça »: une déception dans les relations avec des garçons, trop ou pas assez de quelque chose en soi, dans la famille, etc. Comme si il fallait une raison pour être « comme ça ». Mais on ne réfléchit pas s'il y a une raison à être hétéro? Ah non, car ça, on considère comme plus « « « normal » » ». Est-ce que les hétéro sont comme ça parce qu'ils-elles ont été déçues par les personnes du même sexe qu'elles? Un autre exemple pour montrer que la déception des hommes n'est pas en lien avec le fait de devenir LESbiENNE, c'est au sujet des femmes qui sont violentées par leurs maris, pères, frères. Elles ne deviennent pas homo pour ça! La plupart sont et resteront hétéros. Aussi, il y a des filles qui aiment des filles, sans avoir vécu des choses douloureuses et/ou embêtantes avec des hommes ou des garçons.

Dans le fond, ce qu'il faut se rappeler, c'est que SI il y a une norme dans les orientations sexuelles, c'est le fait qu'il n'y a  pas qu'une seule orientation sexuelle et que la norme, ce qui est « normal », autrement dit, le plus fréquent, c'est une diversité des réalités dans les attirances affectives et sexuelles. En fait, hétéro, bi, homosexualité sont sur un continuum qui va de « exclusivement hétéro » à « exclusivement homo », avec toutes les nuances de gris entre les deux pôles de ce continuum. Il faut savoir qu'il n'y a pas de raison, d'explication, même si des chercheur-e-s ont essayé de trouver les causes. Il n'y a pas de cause explicative sûre à 100% qui pourrait expliquer l'homosexualité, ni l'hétérosexualité... Mais pourquoi chercher les causes? Car il y a une chose qui est sûre, c'est que ça existe, que c'est là, que cela a toujours existé. Parfois c'est mieux accepté dans la société, parfois moins bien, cela se modifie au cours de l'histoire.

Comme je l'ai dit, tout le monde est censé suivre le modèle hétéro classique. On a appris cela au fur et à mesure dans l'éducation que l'on a reçue (les livres, l'école, les jeux, la télé, les familles...). Dans ce modèle, les filles à l'adolescence restent entre elles et parlent de « choses de filles » et les garçons, de « choses de garçons », les filles et les garçons sont tous et toutes sensé-e-s être hétéro, les garçons doivent être « masculins » et les filles « féminines » (même ça, c'est aussi une idée, une construction sociale car être féminin-e et/ou masculin-e, ça évolue, ça change avec le temps, selon qu'on est à tel ou tel endroit de la planète), des jeux de séduction entre les filles et les garçons sont codifiés, obligés, vus comme naturels et tout le monde est censé jouer et aimer ce « jeu » de l'hétérosexualité, qui a pourtant beaucoup de conséquences sur de nombreuses personnes. Mais quand on sort de ce modèle qui est dominant et contraignant, parfois on peut se sentir larguée, parfois on peut se sentir heureuse d'être sortie de ce modèle qui est étroit et peut nous enfermer, parfois on peut être étonnée et découvrir d'autres formes de relations que le modèle fille-garçon, découvrir d'autres manières de construire des relations sentimentales, amoureuses, sensuelles et/ou sexuelles dans les relations entre filles, parfois on peut mieux choisir ce qui nous plait, avec les filles et/ou avec les garçons, en amitié, en amour...

Que l'on soit une fille ou un garçon, quand on n'est pas dans le moule hétéro, on a souvent davantage d'amies filles. Pourquoi? Parce qu'elles sont -en général- moins homophobes ou pas de la même manière que les garçons. Les garçons doivent être « masculins » et souvent ce n'est pas clair pour eux ce que c'est sauf que 1. ce n'est pas être une « fille » et 2. ce n'est ne pas être une « tapette ». Alors, leur masculinité se construit sur le rejet du féminin et des filles en tant qu'individus à part entière et sur l'expression d'une masculinité qui peut se confondre avec le fait de prendre le pouvoir, même parfois d'être violents, selon eux comme preuve de leur """virilité""". Tous les garçons ne sont pas comme ça!!! Ils y en a des très chouettes, pas machos du tout, qui sont consensuels, respectueux, etc. Et ce sont des vrais mecs aussi, les filles vont beaucoup les apprécier avec le temps, mais ce n'est pas ça que l'on attend d'eux dans le moule hétéro. Alors, ces garçons, même s'ils sont hétéros, subissent aussi de l'homophobie par les autres garçons qui sont les Mr Muscles du lycée, pour leur rappeler qu'ils doivent rester des « « vrais mecs » » sinon gare à eux! Mais dans le fond, les vrais machos sont moins nombreux qu'il n'y parait, mais comme ils parlent forts, on entend qu'eux! Et il y a des garçons pas si macho dans le fond, mais qui suivent les Mr. Muscles et c'est dommage! Donc, quand on est trop ou pas assez féminin-e/masculin-e, qu'on est pas hétéro, on va vers les filles car elles sont souvent plus acceptantes...

Quand on sort du grand jeu strict de l'hétérosexualité, on peut aussi se rendre compte que les garçons comme les filles, nous avons tous et toutes du masculin et du féminin en soi, que c'est une richesse de trouver son équilibre personnel entre son masculin et son féminin en soi. Et qu'une fille que l'on nomme « garçon manqué », ne serait-ce pas plutôt une « fille réussie » ;)... L'idée, c'est que l'idéal, c'est de développer son côté unique, à soi, où il y a du féminin et du masculin et de vivre dans sa paire de baskets à soi, que l'on se construit petit à petit, sa vie... Car le plus dur, c'est de vivre dans les baskets qui ne sont pas les vôtres (devoir être hétéro et se montrer hétéro alors que l'on sent autre chose en soi par exemple).

Aimer, se sentir attirée par des filles plus « masculines », ça ne veut pas dire forcément que tu es lesbienne ou non, mais ça veut dire que tu aimes les filles masculines, que tes attirances vont vers ce type de filles, du moins pour le moment... Et se sentir attirée, aimer une fille et/ou un garçon -masculin/e – féminin/e - ni l'un, ni l'autre – les deux en même temps-, c'est de l'amour et c'est tout! Et si c'est réciproque, que les deux personnes se respectent l'une l'autre, alors c'est une belle histoire à vivre qui commence!

Pour le fait de se dire lesbienne, bisexuelle, hétéro, il n'y a que toi qui pourra répondre à cette question et toutes les réponses citées ci-dessus sont toutes aussi valables et belles. Le problème, c'est le sexisme et l'homophobie, ainsi que la pression à être hétérosexuelle. Le problème, ce n'est pas d'être lesbienne ou bi.

Par contre, il peut encore exister de la stigmatisation sociale, familiale envers les lesbiennes et les bisexuelles, donc, il faut se respecter, prendre son temps pour le dire, gagner de l'estime de soi, se faire confiance, choisir à qui et quand on le dit et avec le temps et tout ira de mieux en mieux!!!

C'est un processus d'acceptation de soi et d'affirmation de soi qui peut prendre de quelques mois à plusieurs années et on peut voir qu'il y a des enjeux à certains moments de la vie, on peut repérer aussi comme des "étapes"... Les premières concernent le fait de se dévoiler (enlever le voile de l'hétérosexualité) à soi-même. Souvent, ça prend du temps, ce n'est pas toujours facile, on se dit « non, non, cela ne peut pas m'arriver », on se renseigne en cachette, on tente de rencontrer d'autres personnes « comme nous » dans leur orientation sexuelle, mais comme ce n'est pas marqué sur le front, on ne sait pas comment faire, on ne connait pas les endroits et les manières pour les trouver, puis, petit à petit, on en trouve, on en rencontre encore et encore... Voire on tombe amoureuse d'une fille sur internet, comme toi... ;)


Pour répondre à Agniezska, je voudrais dire que c'est après ce moment-là de leur chemin d'acceptation et d'affirmation, que PARFOIS, certaines personnes lesbiennes, bisexuelles ou les gays, peuvent se montrer assez fort dans les stéréotypes (les gars sont plus « efféminés » et les filles plus « masculines »). Une jeune peut détester la Pride, ce qu'elle y voit est un repoussoir pour elle et... elle peut être sur un char et s'amuser la semaine d'après lors de la Pride de sa ville...

Pour rappel, la journée de la fierté LGBT Lesbienne, gaye, bi, trans, c'est la fierté qui commémore une marche-manifestation de lutte contre les discriminations envers les gays, qui a eu lieu à Stonewall aux USA en 1969 et la fierté, ce n'est pas d'être homo mais c'est la fierté d'avoir traversé tout cela, les discriminations, les violences, les inégalités, les pressions à l'hétérosexualité et d'être enfin là, vivant-e, fier-ère de qui on est, avec le droit de vivre sa vie et de le fêter ensemble, au grand jour.

C'est surtout à certains moments de la vie que la Pride est importante. Notamment au moment où on se rend compte que les doutes, les souffrances, parfois le sentiment de honte de soi, de ne pas s'aimer, de ne pas se sentir légitime d'être soi, parfois les violences subies à l'école, tout ça, qui nous a fait nous sentir si mal, c'est à cause des stéréotypes!!! Alors, parfois, certaines personnes, à certains moments, vont avoir comme réaction, proportionnellement à tout ce qu'elles ont subi- et sans que cela soit conscient- vont « donner du stéréotype » à la société! « Ah, j'ai souffert tout ça à cause des stéréotypes?? Et bien, je vais vous en donner du stéréotype! ». Mais cela ne dure pas, c'est un moment où c'est comme le bouchon de champagne qui saute, l'homosexualité prend toute la place, avoir des ami-e-s homo, c'est génial, les hétéro sont moins bien perçus (comme eux-même perçoivent mal les lesbiennes, les gays, les bisexuel-le-s), etc... Mais ensuite, les choses reprennent leurs places. Avec le temps, les amours, les ami-e-s, les projets, lorsque l'on peut être davantage soi-même, que l'on s'accepte mieux, que l'on s'affirme plus, on gagne en confort de vie et l'homosexualité ne prend plus toute la place, elle prend sa juste place dans sa vie, avec plus ou moins de stéréotypes de genre. D'ailleurs, les hétéros en ont aussi des stéréotypes quand on les regarde, non? Mais eux-elles font partie de la culture dominante et ne se rendent pas compte de leurs stéréotypes de genre!

Il faut veiller à nos propres stéréotypes car dans votre commentaire, il peut y avoir deux risques.
  1. celui de ne pas dépasser vos propres stéréotypes; il y a des bisexuelles, des lesbiennes de tous les styles et les plus « masculines » ou les plus « féminines » valent tout autant, il n'y a pas de meilleures façons de se montrer ou de se vivre lesbiennes ou bisexuelles que d'autres, du moment qu'on est soi-même le plus possible. De plus, cela peut varier au cours de la vie, être plus féminine à certains moments, les deux à d'autres et encore d'autres équilibres de genre possibles...
  2. En posant ce regard sur les filles et les femmes qui sont plus démonstratives à la Pride, tout comme les médias le font encore, ainsi que la société en général, on risque de favoriser ce qui s'appelle «la vision de l'homosexualité comme repoussoir », pour « garder les filles et les femmes dans le bon et droit chemin de l'hétérosexualité ». Mais au bénéfice de qui devraient-elles rester à tout prix hétérosexuelles? La pire chose, au risque de me répéter, c'est de vivre à côté de ses chaussures ou dans la paire de chaussures qui n'est pas la sienne (rester hétéro alors qu'on sent autre chose ou rester lesbienne alors qu'on se sent hétéro :)) ). Pour info, la représentation des LESbiENNES s'améliorent un peu au sujet de la Pride, les journalistes ont beaucoup progressé et de nombreux hétéro rejoignent maintenant le Pride pour venir s'amuser!

En conclusion, il faut enlever petit à petit les couches de sexisme, d'homophobie, de pression à l'hétérosexualité, de les enlever au maximum. Ce n'est pas si facile de tout enlever car chaque jour, on ne rappelle que c'est l'hétérosexualité qu'il faut suivre; les films sont très majoritairement hétéros, les représentations des couples dans les livres, les bd, à la télé etc. Mais avec le temps, on vit mieux en tant que lesBIennes. Ca va de mieux en mieux avec les rencontres amicales et amoureuses, le fait de connaitre un peu la culture lesbienne, etc. Mais même les hétéros gagneraient à réfléchir à tout cela et à s'assouplir en termes d'expression de genre (masculin/féminin)...

A bientôt (càd dans quelques semaines... ;)



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santedeslesbienne@gmail.com

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